ief école à la maison
Instruction

Ecole à la maison: on re-signe pour une année?

Nous voilà bientôt rendus au milieu de l’été et je me suis dis que je vous ferai bien un bilan de notre année en Instruction En Famille (IEF). Les aspects académiques bien sûr, mais plus encore notre vécu de cette année-test. Une année auprès de mes enfants, collés-serrés-parfois étouffés. Une année d’apprentissages non structurés, au gré des jeux, au gré de la vie quotidienne. Des doutes parfois, de l’amour beaucoup, des crises à gogo. Une année pour moi de réflexion, de remise en question, de quête même. Le maître-mot ces derniers mois: l’équilibre ! Donner à mes enfants le meilleur pour eux sans m’oublier moi-même. Ne pas me cacher derrière le temps qu’ils me demandent pour fuir ma vie à moi et mes aspirations de personne à part entière.

IEF école à la maison
Alors, on re-signe pour une année?

L’organisation de notre emploi du temps

L’été dernier, un peu flippée de ce grand saut, j’avais préparé un bien joli planning. Il me disait quoi faire chaque jour, par tranche d’heures. Ah, il était vraiment beau et bien ficelé mon planning ! Il donnait la part belle aux ballades dans la nature, aux activités artistiques, sans oublier les matières plus académiques. J’avais déjà préparé des supports pour démarrer avec de la matière sous le coude.

Pipi? Oui, pas de soucis Jean-Kevin, tu as un créneau entre 16h et 16h02

Si cette organisation millimétrée m’a bien soutenue au début, elle a vite été abandonnée. Pas assez organique, trop structurée, mise à mal à chaque imprévu… Petit à petit, on s’est doucement laissé couler vers le unschooling. Nos semaines ressemblaient à nos week-end, sauf que Papa travaillait. On allait se promener, faire les courses, s’occuper du jardin, rencontrer des gens… On vivait notre vie, normalement. J’ai essayé de suivre les interêts de mon grand et de lui proposer le cas échéant des supports adaptés. On a eu par exemple une période dinosaures, nourrie par une visite dans un parc préhistorique, des lectures, de la peinture sur dinosaures, des pochoirs dinosaures, des gomettes dinosaures…

A certains moments, cette non-organisation m’a fait doutée. Je me suis dit, si je me fais inspecté demain, c’est mort j’ai rien à présenter. Suis-je légitime? Devrais-je le remettre à l’école? Mais la plupart du temps, j’avais juste l’impression d’offrir à mes enfants une vie normale d’enfant. Jouer, être dehors, suivre sa motivation intrinsèque… Imaginer mon fils entre quatre murs, avec des activités imposées, la violence relationnelle (parfois) de l’école… m’était juste insupportable.

Les apprentissages

Je n’ai rien noté de la progression de mon fils. L’idée de devoir consigner nos activités m’apparait tellement superficielle et idiote. Je n’écris pas quand je mange ou que je respire, ben là, c’est pareil. Même si je sais que je devrais sûrement m’y mettre en vue d’une inspection. ET PIRE, relier nos activités du quotidien à des compétences académiques… Mais bon on n’en est pas là et j’en ai profité pour vivre sans nous regarder vivre ni noter notre vie. BREF.

unschooling compétences
En vrai: elle grimpe aux arbres. Sur le papier: elle travaille sa motricité globale, ses déplacements dans l’espace et son équilibre.

Malgré tout, je sais qu‘il a énormément grandi, appris dans tous les sens… Il y a certaines choses que j’ai repéré et les autres qui sont passées inaperçues dans le courant de la vie. Je sais par exemple: qu’il est rentré en lecture cette année. Qu’il compte jusqu’à l’infini, a compris les 4 opérations principales (addition, soustraction, division, mathématique) et commencé à intégrer certains morceaux des tables. Il a amélioré son graphisme. Il a acquis beaucoup de connaissances et de vocabulaires sur des sujets aussi variés que le jardin, l’univers, le corps humain, les dinosaures. On a beaucoup joué à des jeux de société, donc il a intégré un certain nombre de règles et de compétences sociales (coopérer, attendre son tour…).

A certains moments, je me suis fait des coups de chauds en imaginant une inspection. Même si mon fils est très loin d’être en retard, il y a des sujets qu’il délaisse, comme l’écriture qui ne l’intéresse pas tellement. Alors, ça m’est arrivé de dégainer les cahiers d’activités, le temps que passe la pression. Et toujours en proposant. J’ai la « chance » que mon fils ait un esprit plutôt académique. Il capte très vite, comprend les consignes, ne rechigne pas à faire des petits exercices ludiques… C’est idiot, mais dans les périodes de doute, je me raccroche à ça.

L’ambiance à la maison

Le paradoxe de la promiscuité H24

Cette année, j’ai fait les montagnes russes émotionnelles. Mais quel parent ne les fait pas me direz-vous? Seulement, c’est sûr que de passer d’un enfant scolarisé et un tout petit qui fait deux siestes par jour à deux enfants à plein temps à la maison… ça pique. Le petit a grandi, les sollicitations n’ont pas diminué, le nombre de disputes entre frères a crevé les plafonds. A certains moments, j’implosais et je n’avais qu’une envie: partir loin sur une île deserte. Dans certains accès de colère, j’ai même menacer mon fils de le mettre à l’école (très très malin et efficace de faire ça, on est d’accord). Bref, être toujours les uns sur les autres… Et puis, que leur épanouissement, leurs découvertes, leurs opportunités d’apprentissages… reposent en grande partie sur mes épaules… ben parfois c’est lourd.

A côté de ça, j’ai mesuré (presque) chaque jour la chance de les voir grandir au quotidien. J’apprends à les connaitres comme jamais je ne le pourrais s’ils étaient gardés ou scolarisés. Je savoure aussi la joie de leur offrir l’abri rassurant de mes ailes, jusqu’à ce qu’ils décident de s’en détacher d’eux-même. La chance aussi, de voir grandir leur relation fraternelle, de leur offrir tout ce temps ensemble.

Trouver l’équilibre ensemble

Malgré tout, je le disais en introduction, les difficultés émotionnelles de cette année était aussi le résultat de déséquilibres que j’ai identifié un à un. A commencer par le déséquilibre entre mon rôle de mère et mon rôle de personne à part entière. Je me suis rendue compte que je ne voulais pas vivre uniquement à travers l’éducation de mes enfants. Et ai entamé
une réflexion sur mes objectifs de vie, commencer à mettre en place un certains nombres d’actions. Par exemple, je suis fière d’avoir réussi cette année à donner mes premières conférences sur la communication parents-enfants.

Pour cela, j’ai du passer le cap de m’accorder du temps. Quand tu es mère au foyer, ton statut est tellement deprécié par la société… que toi-même parfois, tu crois que ton travail ne vaut rien. Que tu ne mérites pas de pauses. Et quand tu n’as pas de famille pour t’aider ben, il faut payer pour avoir du relais. Alors quand déjà, tu ne gagnes rien…Mais si, j’en avais besoin. Une baby-sitter est donc venu 3heures par semaine prendre le relais auprès de mes enfants. J’ai pu vaquer à mes occupations, et mes enfants avoir un autre référent. En plus, elle leur propose plein d’activités sympas. Bref, c’est bénéfique pour tout le monde.

Par ailleurs, sur la fin de l’année, je me suis aussi organisée pour ménagé des temps individuels avec chacun des mes enfants. J’ai mis certains principes de côté, et fait gardé mon p’tit deuz une demi journée par semaine à la crèche. Et mon ainé a commencé le centre de loisirs cet été. Encore une fois, passée la culpabilité du départ (pour moi) et le temps d’adaptation (pour mes enfants)… on est tous contents de ces aménagements.

Et la sociabilité ?

La grande question concernant l’IEF. Est-ce que je vais faire de mes enfants des asociaux? Alors, clairement, pour certains qui voient mon ainé, la question se pose… car il a toujours besoin d’un temps d’adaptation très long avec les adultes. Mais cela était vrai avant l’IEF, c’est dans son caractère. Au contraire, cette année, j’ai remarqué qu’il allait de plus en plus facilement vers les autres enfants. Il arrive dans un lieu, il en repère un qui a l’air sympa et hop il entame la conversation. Une grande joie et une grande fierté pour moi.

Les occasions de rencontres existent. Il y a bien sûr le parc, le sport, les aires de jeux, la ludothèque.. J’ai intégré un groupe de mamans qui se retrouvent avec leurs (jeunes) enfants le vendredi matin. Nous avons été à des rencontres d’enfants non scolarisés. Je dois avouer cependant, que créer toute ces occasions, cela demande beaucoup d’énergie et beaucoup de déplacements. Parfois, cela me pèse beaucoup. En France, le choix de l’IEF est tellement marginal qu’il n’existe pas d’offre structurée de rencontres. En tout cas dans les petites villes.

Pour autant, mon fils ne s’est pas plaint du manque de copains. Je crois qu’il a juste appris à saisir toutes les opportunités, sans perdre une seconde. Et moi, je suis sortie de ma zone de confort, par exemple, en allant vers les autres parents pour inviter les enfants à la maison. Je crois que cela nous prendra encore du temps de nous construire un réseau qui nous convient, mais j’ai bon espoir.

En conclusion, vous l’aurez compris, cette année n’a été ni toute noire ni toute blanche, mais tout en nuances de gris. Il y a eu des doutes, principalement vers la fin. La visite d’une école, pour « voir », pour « sentir ». J’en retiens tout de même principalement du positif et notamment que cette intensité de la promiscuité me pousse à chercher l’équilibre. Pour le bien de toute la famille. Je ne peux pas être une bonne accompagnatrice si je ne m’accompagne pas moi-même.

Cette année d’école à la maison , je la vois comme un accelérateur de développement personnel. Une expérience qui multiplie les occasions d’explosion. Met le doigt là ou ça fait mal plus souvent. Me pousse donc à trouver les clefs pour être une meilleure version de moi-même et une meilleure mère pour mes enfants.

Mon ainé ne montre aucune volonté d’aller à l’école, il est heureux comme ça. L’année prochaine, nous l’inscrirons à davantage d’activités extrascolaires et il continuera sûrement à aller au centre de loisirs. Je devrais me plier au jeu de l’inspection, tenir un journal de bord ou un truc du genre. Ca, j’ai pas hâte. Mais je me dis que le jeu en vaut la chandelle. Et on re-fera un bilan d’ici un an. Et on reprendra la décision de re-signer pour un an. Ou pas.

Partagez avec amour !
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

One Comment

  • Emilie

    Bravo pour cette première année d’école à la maison! Quel courage d’avoir pris cette décision, ça doit être tellement compliqué à gérer. Mais quel bonheur ça doit être que de les instruire avec ce qui nous entoure, bien plus enrichissant à mon sens que des bouquins! Belle continuation 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *