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Parentalité consciente

Parents: Faut-il cacher nos désaccords éducatifs à nos enfants?

Voilà encore un de ces principes communément admis ou en tout cas très largement  Il serait mauvais de se contredire devant les enfants sur une mesure éducative.

Les raisons généralement invoquées sont :

  • les enfants risquent d’être tout embrouillés si on leur envoie des messages contradictoires. Cela pourrait même être anxiogène.
  • les parents doivent se soutenir coûte que coûte, faire front, pour que l’enfant ne s’engouffre pas dans la brèche

Pour ma part, je n’ai jamais réussi à me sentir totalement en accord avec ces injonctions. Il m’arrive du coup de contredire mon mari sur une décision devant les enfants et le contraire arrive aussi (euh, plus rarement quand même). C’est parfois source de tensions dans le couple et pourtant je persiste et signe et en conscience en plus.

Les parents n’ont pas à faire front face à leurs enfants, ce n’est pas la guerre !

Ainsi donc, les enfants pourraient se sentir confus en cas de désaccord affiché de la part des parents. Cette affirmation se base sur le postulat que les enfants ont besoin de stabilité, d’un cadre rassurant et immuable et que cela passerait par une paire de figures parentales raccord en toute situation.

Ainsi, si Papa prend une décision (genre « tu viens de balancer ton assiette par terre, le repas est fini pour toi »), Maman doit acquiescer et ronger son frein, même si la sanction lui paraît injuste ou inadaptée (toute ressemblance avec une situation vécue, n’est pas fortuite !).

Avec l’idée que si Maman revient sur la décision de Papa :

  • l’enfant risque de penser que tout est négociable, ne plus savoir où sont les limites
  • Papa perd en crédibilité

Le truc, c’est que ce raisonnement est basée sur l’idée que ce que le parent dit est parole d’évangile et ne peut être discuté. Par conséquence, les parents n’auraient pas d’autre choix que de faire front pour ne pas rompre cette image de la figure parentale toute-puissante qui sait ce qu’elle fait, qui a forcément raison, dont l’autorité est indiscutable.

Or, je crois que le fait de représenter une figure d’autorité ne signifie pas que nous devons être inflexibles. Changer d’avis, s’excuser, discuter une décision… ne font pas de nous des parents inconsistants ou laxistes.  Cela fait de nous des parents humains, capables de se remettre en question, capables de mener ensemble une résolution de problème dans le but de trouver la solution acceptable par tous.

Les règles peuvent fluctuer en fonction du contexte, de notre état… et des échanges avec les enfants, qui participent à leur élaboration. Ce n’est pas les parents VS les enfants. Ce sont les règles de la famille. Il n’y a pas à faire front face aux enfants. La vie de famille n’est pas une guerre de générations, c’est une co-construction.

Les désaccords sur l’éducation des enfants peuvent être formateurs pour eux

Bien sûr, à certains moments, ce sont les parents qui énoncent des règles pour faire face à une situation donnée. Et parfois, un parent a moins de patience et a tendance à être plus strict. Ou au contraire, laisser passer des choses qui habituellement ne sont pas tolérées. Parfois, une situation nouvelle surgit sur laquelle nous n’avons pas eu l’occasion d’échanger auparavant et on se rend compte sur le tas qu’on n’est pas tout à fait raccord. Ces cas sont des occasions où ils nous arrivent donc d’exprimer nos désaccords.

Les parents sont deux individus distincts, qui ont le droit d’avoir des avis distincts, de jauger différement la situation à un moment T. Je pense que c’est important que les enfants voient qu’on peut être en désaccord et que ce n’est pas grave. Que ça fait partie de la vie. Que ça ne signifie pas que Papa n’aime plus Maman. Ou que Maman est méchante et Papa gentil.

Juste, on a le droit de ne pas être d’accord, de l’exprimer, et de chercher ensemble une solution !

Cela me semble beaucoup plus pédagogique pour l’enfant. Ce sont des occasions de lui montrer qu’on peut exprimer son désaccord de manière bienveillante et de mettre en pratique devant/avec lui une résolution de problème : Papa pense que tu devrais sortir de table, Maman trouve cela exagéré, qu’est ce qu’on pourrait faire qui nous mettrait tous d’accord ?

Des occasions de montrer que même un parent peut se tromper. Qu’on a le droit a l’erreur. Que l’erreur n’est pas mauvaise, elle n’est pas honteuse, il n’y a pas à la cacher. Que lorsqu’on la reconnait on peut mener des actions correctives et continuer sa vie !

Je ne crois pas que les enfants sortent perdus de ce type d’échange. Mais au contraire plus riches !

Le bien-être de l’enfant doit passer avant l’égo du parent

Bien sûr, il peut arriver qu’un parent vive mal un désaccord du conjoint. Ce n’est pas forcément agréable de se faire contredire. Encore plus en public (devant ses enfants). Le parent contredit peut se sentir vexé, voire dénigré dans son rôle de parent. Il peut craindre de perdre sa crédibilité. Il peut se désinvestir. Je crois qu’il est important d’avoir tout cela en tête.

Et en même temps, pour moi, ce qui passe avant tout, c’est le bien-être de mes enfants. Nous sommes leurs figures de référence. Tout-petits, ils se construisent en grande partie à travers nous. Ils ont pleine confiance en nous; ils construisent leurs repères à travers l’exemple qu’on leur donne. Si nous ne prenons pas leur défense devant une décision injuste, quelle conclusion en tireront-ils ? Qu’ils l’ont mérité? Qu’ils sont mauvais? Que l’injustice est normale et acceptable?

J’ai des souvenirs très précis de moi enfant. De situations complètement injustes et disproportionnées selon mon jugement. Ou j’avais peur, ou je me sentais impuissante. Et où je ne recevais aucun soutien. Parfois, par la suite, on venait me parler.

Mais dans mes souvenirs, cela ne m’apaisait qu’à moitié. C’était sur le coup que j’aurais eu besoin de soutien, de me sentir protégée. Besoin qu’on acte que ce qui ce passait n’était pas une manière adéquate de communiquer. Que ce n’était pas ce que je méritais.

Retarder une intervention, laisser aller un comportement injuste ou disproportionné, je crois que cela revient à le minimiser ou à le cautionner dans la tête de l’enfant. A lui envoyer le message, ce n’est pas grave, c’est OK.

Aujourd’hui, il arrive qu’à bout de patience, mon mari fasse preuve de ce que je considère comme un abus d’autorité (et ça m’arrive aussi !). Dans ce genre de cas, j’interviens systématiquement. Je protège mon enfant d’un comportement que je juge abusif. Je ne veux pas que mon enfant enregistre qu’on peut le forcer à faire ce qu’il ne veut pas faire, qu’on peut lui crier dessus ou encore qu’il doit se soumettre à une décision arbitraire. Juste parce qu’il est un enfant (et même si son comportement est extrêmement relou).

Je suis très au clair là-dessus avec mon mari, si l’integrité, le bien-être, la confiance de mon enfant est en jeu, je prendrais toujours sa défense. Tant pis si mon mari est grognon, tant pis si cela crée des tensions entre nous. Nous sommes des adultes, nous pouvons parler a posteriori et avec du recul de ce qui s’est passé. Les enfants vivent dans le moment présent. Et ils comptent sur nous.

Un désaccord peut être soutenant pour le conjoint

L’autre nuit, Mon Grand se lève en ayant soif et on avait oublié de préparer sa gourde au pied de son lit. Donc je lui propose de l’accompagner boire au robinet (ça m’évite un aller-retour au rez-de-chaussée). Là, il se met à chouiner. Et moi, je monte direct dans les tours, j’ai pas envie qu’il réveille le petit frère, j’ai froid et pas envie de descendre.

A ce moment situation inexpliquée et jamais reitérée, mon mari sort de la chambre, même pas l’air grognon (d’habitude la nuit, on le voit pas trop dans les parages).

Il aurait pu sous pretexte de garder une ligne de conduite cohérente pousser mon fils à boire au robinet. Rentrer dans un rapport de force, pour ne pas me contredire. Mais, non, il a jaugé la situation et a accompagné mon fils avec douceur pour chercher sa gourde.

Je me suis sentie soutenue (et un peu bête). Quand un des parents perd sa patience, cela peut être vécu comme un vrai soulagement que l’autre prenne le relais avec bienveillance.

En conclusion

En ce qui me concerne, mon plus gros travail consiste à essayer de verbaliser mon désaccord avec mon mari sans l’incriminer, sans le dénigrer, sans le faire passer pour le méchant. Dans l’idéal, je dirais quelque chose comme « Oh, je vois deux personnes en colère. Et je crois que personne ne devrait habiller quelqu’un de force. Je propose de m’occuper d’habiller L. pour que vous puissiez tous les deux vous calmer ». Dans les faits ça ressemble plus souvent à « Je ne suis pas d’accord avec ce que fait Papa, c’est n’importe quoi ! Viens, maman va s’occuper de toi».  Ce n’est donc pas le désaccord en lui-même qui est source de tension entre les parents, mais la manière dont il est exprimé et vécu.

Les parents doivent agir de front pour le bien-être de leurs enfants. Et pas de front contre leurs enfants. Parfois, cela passe donc par des échanges, des discussions sur des décisions qui selon moi, ne doivent pas être retardées. Ou alors, si nous ne souhaitons pas intégrer notre enfant au processus de recherche de solutions, des mots doivent être posés sur le coup. « Pour l’instant, nous ne sommes pas d’accord sur la manière de régler cette situation, nous reviendrons vers toi ». Laisser une situation injuste ou inadaptée sans réagir, c’est la cautionner.

Pour moi donc, les désaccords entre parents ont tout à fait leur place dans l’éducation des enfants. Le vrai enjeu selon moi, c’est donc la manière dont sont exprimés ces désaccords entre les parents et auprès des enfants.

Qu’en pensez-vous? Vous arrive-t-il de vous contredire devant vos enfants?

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2 Comments

  • Framboise

    Oh comme cela fait du bien de te lire! Je viens de te découvrir sur Instagram! Je vis ce que tu décris très régulièrement et je contredis mon mari en pensant avant tout à mes enfants ! Mon mari se vexe généralement et j’ai bcp de mal à en reparler avec lui! Il se ferme complètement ! Je me bat depuis plusieurs années pour qu’il me rejoigne petit à petit dans une éducation bienveillante mais ceci est encore difficile pour lui , son modèle d’éducation strict et autoritaire Est encore trop encré dans sa tête! Même si je m’appercois De temps en temps avec fierté qu’il fait des efforts, je le surprends parfois dans des échanges très doux avec mon plus petit ou il lui explique le pourquoi du comment! Que nous le comprenons… etc et ça j’adore…
    Bref merci pour ton article qui me rassure bcp!
    Framboizz

    • Sophie de Parents, ca s'apprend!

      Je suis très contente que mon article puisse soutenir ta réflexion sur ce sujet ! Je comprends que c’est vraiment délicat de se sentir tiraillée entre ses enfants et son conjoint. Et je comprends que le conjoint puisse se sentir vexé! C’est vraiment super que tu notes une évolution dans sa manière d’agir ca veut dire que malgré tout, il intègre qu’une autre manière de faire et possible! Et cela le conforte dans l’idée que le fait de se sentir vexé sur le coup, voire de se disputer n’empêche pas la remise en question et la réflexion à froid !

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