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Parentalité consciente

Pourquoi les caprices n’existent pas ?

Mathilde, 2 ans et demi, se roule par terre au supermarché, sous le regard consterné de son père qui vient de lui refuser un paquet de bonbons. Caprice?

Karl, 18 mois, se dispute au bac à sable avec un deuxième bambin parce qu’il veut la pelle rouge. Il hurle et arrache l’objet convoité des mains de son rival. Caprice?

De retour de l’école, Jonas demande son goûter à sa mère qui lui tend son paquet de biscuit préféré. L’enfant entre dans une colère noire quand il voit que ses biscuits sont cassés. Caprice?

Les prénoms sont inventés mais comme tous les parents (euh…rassurez-moi???) j’ai vécu ce genre de scènes avec mes enfants (et des pires encore). Pourtant, je n’ai jamais considéré les réactions de mes enfants comme des caprices.

Pour être honnête, j’ai toujours eu du mal à comprendre ce que les gens mettaient réellement sous ce mot. Le caprice évoque pour moi quelque chose de léger, de futile, une lubie… ce qui me semble très loin de coller à l’intensité de la réaction des enfants dans ces moments de crise.

Peut-être les adultes qui emploient le mot caprice considèrent-ils que ces enfants font la « comédie », c’est-à-dire qu’ils feignent une réaction disproportionnée ? (Franchement, si c’est ça, ils méritent des César !).

J’ai déjà entendu ce genre de raisonnement plus d’une fois – à ma grande surprise, chez de jeunes parents aussi – et franchement cela me rend triste. Comme si l’enfant était un petit être machiavélique dont le seul but était de manipuler ses parents et de prendre le pouvoir.

Pourtant, les connaissances ont évolué sur le fonctionnement du cerveau de l’enfant et ne corroborent pas du tout cette vision négative de l’enfant. Les neurosciences nous apportent des réponses sur le pourquoi du comment nos enfants se roulent par terre et aussi sur comment les accompagner.

Le « caprice », une projection de l’adulte

Il me semble que les personnes qui tiennent ce genre de raisonnement projettent les réactions des enfants sur un cerveau d’adulte.

Je m’explique.

Si votre collègue Charles-Henri se met à se rouler par terre en tapant des pieds et en pleurant à chaudes larmes parce que vous ne voulez pas lui prêter votre stylo, vous êtes en droit de penser qu’il sur-réagit un peu. Il est cohérent d’attendre d’un adulte une réaction émotionnelle moins démonstrative.

Pourquoi les caprices n'existent pas
En même temps, il est vraiment chouette ce stylo !

Mais un enfant n’est pas un adulte ! Et en particulier, leurs cerveaux sont bien différents. Le cerveau de l’humain n’est mature qu’aux alentours de 25 ans (apparemment, certains chercheurs parieraient même sur 30 ans !).

Le cerveau de l’enfant ne sait pas « gérer » les émotions

Chez le jeune enfant, les zones cérébrales en charge de la gestion des émotions ne sont pas…complètement fonctionnelles ! En particulier, le cortex préfrontal qui contrôle impulsions et émotions ne commencerait à maturer qu’à partir de 5 ans.

Cela signifie qu’avant 5 ans, l’enfant n’est pas en mesure de contrôler ses émotions. Il n’y a pas de filtre entre l’émotion et son expression.

Votre collègue Charles-Henri devrait normalement pouvoir passer à autre chose rapidement (OK il est déçu mais que peut-être vous lui prêterez votre stylo une autre fois). Ou bien relativiser (bon, ce n’est qu’un stylo après tout). Ou bien chercher une alternative (si vous lui prêter votre stylo, il vous prête son agrafeuse).

C’est ce que Catherine Gueguen nomme la capacité de réévaluation.

Capacité immature chez Mathilde, Karl et Jonas pendant plusieurs années encore.

Concrètement, cela signifie que, chez les jeunes enfants, l’intensité de l’expression des émotions est proportionnelle avec l’intensité de leur ressenti (émotion intense ==> expression intense).

Donc, non, se rouler par terre pour un paquet de bonbons n’est pas un caprice, c’est l’expression d’une grande frustration.

L’enfant de 18 mois qui voit la pelle, ne voit pas le copain au bout de la pelle (il est complètement autocentré) mais ressent l’impuissance infinie de ne pas pouvoir obtenir ce qu’il veut et continuer son petit travail d’explorateur.

Quant à Jonas qui entre dans une crise de colère énorme pour un biscuit cassé… ah, là il y aurait tant à dire ! Pendant toute la journée, Jonas a suivi les règles de la classe, de la cour de récréation, il s’est même fait grondé quand il a poussé Rose du vélo, alors qu’il avait attendu très longtemps et qu’elle ne voulait pas en descendre …

Toute la journée, il a pris sur lui, car les expressions trop intenses de ses émotions n’auraient justement pas été accueillies dans ce cadre. Alors, ce biscuit cassé, c’est une aubaine pour lui, finalement, l’occasion de tout décharger dans les oreilles bienveillantes de maman. (pour aller plus loin sur ce thème, je vous invite à lire cet article de la blogueuse Happynaiss que j’avais vraiment adoré)

Comment accueillir les émotions intenses de vos enfants

Punir, menacer, crier serait vraiment contre-productif. L’enfant est pris dans une tempête émotionnelle, il n’a pas besoin qu’on en rajoute une couche.

Ce dont il a besoin, c’est de compassion et d’outils pour apprendre progressivement à faire face à ces tempêtes.

caprice enfants
Pendant la tempête, j’essaye de rester sur le même bateau que mes enfants

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La première étape selon moi, c’est d’apprendre à ignorer royalement le regard des gens. Si on se sent gênés du comportement de notre enfant, qu’on se raconte des histoires sur ce que pensent les autres, alors on a tendance à mettre en place des stratégies pour écourter la crise plutôt que pour aider vraiment l’enfant à la traverser.

Personnellement, ça ne me demande généralement pas trop d’efforts d’ignorer les autres. A part si on se trouve dans une ambiance où le calme est spécifiquement requis (une cérémonie, un spectacle…), je me centre sur mon enfant uniquement.

En général, dans les grandes crises, je prend mon enfant dans les bras, même s’il se débat. C’est ma façon de lui dire « je suis là, je t’accompagne dans la tempête ». Je garde mon calme, je parle doucement, même si ses cris couvrent mes mots. J’essaye de nommer ce que je crois être son émotion « je vois que tu es frustré / triste/ en colère ». Et je répète et j’attends.

La plupart du temps, juste contenir physiquement et nommer les émotions ont un effet magique. Et souvent, le retour au calme n’est même pas si long que ça.

Plus tard, quand l’enfant sera calmé, et s’il est assez grand, on pourra revenir sur ce qui s’est passé et le décortiquer avec l’enfant pour l’aider à comprendre ce qui s’est passé. On pourra aussi trouver des solutions pour anticiper un maximum les situations futures où le même genre de crise pourrait se reproduire (par exemple, avant d’aller au supermarché, prévenir que l’on n’achètera rien qui n’est pas sur la liste, ou responsabiliser l’enfant pendant les courses pour l’occuper et lui éviter de papillonner devant le rayon bonbons…).

Et en vrai les caprices?

Soyons tout de même honnête, il y a des moments où je ne suis pas hyper disponible  pour gérer ce genre de crise et où je m’éloigne de l’idéal cité ci-dessus. Genre quand je dois retenir d’un bras Mon P’tit Deuz qui court partout tout en contenant Mon Grand, qui commence à être costaud, là oui, j’ai juste envie que ça se termine.

Ou quand j’ai l’impression d’avoir beaucoup donné le reste de la journée et que j’espère un retour sur investissement (« Oh maman, merci, je voulais justement des biscuits cassés au goûter aujourd’hui »). Ou bien quand j’ai déjà géré 4712 crises avant. Ou juste quand je suis fatiguée.

Bref, je ne suis pas toujours au top. Mais franchement, le fait d’avoir en tête que mon enfant vit un moment intense, voire difficile ou douloureux pour lui, m’aide quand même à garder le cap la plupart du temps.

Qu’en pensez-vous? Quels sont vos trucs pour gérer les tempêtes de vos enfants?

Lire, ça inspireAu coeur des émotions de l’enfant, Isabelle Filliozat

 

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