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Parentalité consciente

Pourquoi vous ne devriez pas corriger les fautes de vos enfants

Si vous me suivez sur Facebook, vous avez du voir que le sujet du rôle de l’erreur dans l’apprentissage me tient à cœur en ce moment. Il faut dire que je me suis lancée récemment dans la lecture de l’excellent « Les apprentissages autonomes » de John Holt. Je n’ai pas beaucoup avancé, mais je peux vous dire qu’il y a des passages surlignés à toutes les pages (oui, je surligne mes livres, ne me tapez pas!). Bref, il y est question de la manière dont apprennent les enfants. Et de la manière dont nos interventions, à nous adultes, agissent sur ces apprentissages. Parents, éducateurs, accompagnant, avons souvent tendance à corriger les erreurs/fautes de nos bambins. Nous pensons que les amener à voir où ils se trompent leur permettra de s’améliorer et de ne plus commettre la-dite erreur. Et comment pourraient ils apprendre autrement? Si cette manière de faire part d’une bonne intention et comporte en elle – même une certaine logique, elle peut en fait faire plus de mal que de bien. Car, quand on corrige, on court-circuite la méthodologie élaborée et rigoureuse du petit apprenant. En apprentissage comme dans la vie, le chemin est tout aussi voire plus important que le résultat. Alors, comment apprennent les enfants? Quelle est la place de l’erreur dans les apprentissages? Comment réagir quand notre enfant se trompe? Quelques pistes et éléments de reflexion.

L’enfant apprend grâce à la démarche scientifique

Avez-vous observé le petit enfant qui apprend à marcher? Si oui, vous avez sûrement remarqué qu’il se prend plus de gadins en quelques mois que dans tout le reste de sa vie. En déduit-il qu’il ferait mieux de rester poster sur son derrière toute la journée? Ou tire-t-il de ses chutes des leçons d’équilibre qui lui serviront pour la suite de ses apprentissages? Réponse 2 mon capitaine ! Les « chutes », les « erreurs », les « échecs » sont des sources d’apprentissage. Ils nous amènent à des actions correctives qui nous permettent d’améliorer notre processus initial. Si vous souhaitez éliminer l' »erreur », ici la chute, vous risquez d’empirer la situation. Mettons que vous mettiez votre bébé dans un youpala (un objet interdit à la vente au Canada mais encore utilisé en France). Votre enfant ne chutera certes pas, mais dès que vous le mettrez debout, il aura tendance à mettre son poids en avant (comme dans le youpala), n’aura pas appris à mettre les mains pour tomber et risque de perdre toute confiance en lui. En voulant lui épargner les chutes, vous le privez des étapes nécessaires à sa compréhension de la marche.
Les chutes font partie du chemin. Elles ne sont pas des obstacles à éliminer, elles sont des occasions d’amélioration.
Plus exactement, l’enfant fonctionne dans ses apprentissages comme un scientifique.
Fautes enfants
Votre chérubin, un scientifique chevronné
  • Il part d’une observation: « Tiens, j’arrive à soulever mon pied du sol »
  • Il émet une hypothèse: « peut-être que si je lève mon pied comme ça et que je le pose plus loin, ça fait un truc interessant »
  • Il teste son hypothèse
  • Il fait une observation: « aaaaaaaaaaaaaah je suis tombé »
  • Et en tire une conclusion: « bon, je crois que j’ai gardé trop longtemps le pied en l’air »
A partir de cette conclusion, il peut émettre une nouvelle hypothèse et recommencer un cycle de démarche scientifique. Pour certains de ses apprentissages, votre enfant choisira immédiatement l’hypothèse correcte et le résultat sera fulgurant. Pour d’autres, il y aura beaucoup de cycles. Et autant de conclusions intermédiaires.

Corriger interrompt le processus d’apprentissage

Changeons d’exemple si vous le voulez bien. Voilà votre bambin maintenant affairé avec sa boîte à formes. Il s’entête à vouloir mettre la boule dans le carré. A côté, vous fulminez. M’enfin, la boule, ça se met dans le trou rond ! Du coup, vous lui donnez la solution. « Regarde mon chéri, la boule se met ici ». Et là, votre bambin met enfin sa boule dans le trou rond. Allélulia. Ah non, en fait, il la récupère et ...reessaye dans le trou carré. Pourquoi? Parce qu’il n’a pas épuisé ses hypothèses sur la possibilité que la boule rentre dans le trou carré. Peut-être qu’en tournant un peu plus comme ci ou comme ça… Vous voyez, le bambin est méticuleux. Il va au bout des choses. Il a besoin d’être sûr.
Quand vous lui apportez la solution, vous le privez d’aller au bout du processus. Vous le privez d’une connaissance plus fine de son environnement.
Et donc, il n’a pas compris tout ce qu’il avait à comprendre. Il continuera jusqu’à ce qu’il ai fait le tour du sujet et ensuite seulement, il passera à l’étape suivante. Un enfant qu’on laisse apprendre sans intervention se corrigera seul quand il aura acquis la certitude que son hypothèse de départ est fausse. Et pas avant.

Corrigez, c’est parfois imposer ses propres conditionnements

Et, parfois, vous le privez aussi de découvertes que vous ne soupçonnez pas ! Imaginez, peut-être qu’à force de pousser comme un malade sur sa boule dans le carré, il pourrait la faire rentrer. Et alors, quelle victoire par rapport aux conceptions étriquées de son parent.
corriger fautes enfants
Ouiiiiii, j’ai fait rentrer la boule dans le carré
En tant qu’adultse, nous sommes parfois enfermés dans nos paradigmes de pensées. Nos enfants ont la chance d’être vierges de ces conditionnements, comme le sont tous les grands découvreurs: souvenez-vous, Copernic a decrété un jour que la Terre n’était pas le centre de l’Univers, alors que c’était un acquis de l’époque ! Combien de fois ai-je été surprise que mes enfants réussissent des choses que je ne pensais a priori pas possible?

Corriger, c’est parfois pousser à l’uniformisation des modes de pensée

Combien de fois ai-je été surprise des chemins que prenaient mes enfants pour atteindre leurs objectifs? Avec parfois, la grande tentation de les reprendre (et d’ailleurs, ca m’arrive de le faire): mais enfin, ce n’est ni le plus rapide, ni le plus logique! Pourtant, quand je prend du recul et que je me mets vraiment en posture d’observation, je peux (parfois) accéder à leur logique interne et comprendre leur cheminement. Qui n’est pas moins valable que le mien ! En tant que prof aussi j’ai parfois des élèves qui raisonnent très différemment de moi. Mais ils arrivent au même résultat. Et j’ai bien observé que les fois où je tentais d’imposer mon chemin ( au hasard parce que c’est ce que le programme exige), ca ne fonctionne pas. Forcément, si l’enfant passe par ce chemin, c’est qu’il l’a éprouvé et qu’il le connait. Je peux lui indiquer un autre chemin, mais il ne le maitrisera jamais aussi bien que celui qu’il a déjà parcouru lui-même et qui correspond certainement mieux à son mode de fonctionnement interne.
C’est une richesse dans une société d’avoir des personnes aux logiques différentes. Ne cherchons pas l’uniformisation des modes de pensée !

Corriger, ca peut dégouter des apprentissages

John Holt affirme que  » la plus grande erreur que nous pouvons commettre avec les enfants, c’est de les rendre conscients de leurs apprentissages » . Pour lui, les enfants sont des apprenants « par nature ». Mais cela ne signifie pas qu’ils « aiment » apprendre. Ils apprennent comme il respire, c’est à dire naturellement. Du moment où on intervient dans leurs apprentissages, on rend potentiellement ces apprentissages moins intéressants. Que ce soit en voulant aider, influencer ou corriger. Si votre enfant fait une faute de français, la tentation est grande de le reprendre  » on dit un cheval, des chevaux ». Mais mettez vous a sa place deux minutes: imaginez vous en train de vous exercer dans une langue étrangère. Comment vous sentez vous si quelqu’un vous reprend sur chacune de vos erreurs? Vexé, humilié, découragé? Le risque de corriger est d’éteindre la flamme. Intervenir dans le processus d’apprentissage c’est à la fois le dénaturer (cf méthode scientifique) et le rendre inintéressant. Si votre enfant ne corrige pas ses erreurs de français sur les pluriels irréguliers (chevaux, travaux,…), c’est peut-être juste parce qu’il est actuellement sur un autre chantier: la concordance des temps, améliorer sa prononciation, affiner la formulation de ses idées… Si vous le coupez pour le reprendre sur le pluriel, vous coupez son élan pour ce que LUI est en train d’apprendre.
Vous le rendez conscient d’une erreur qui visiblement ne lui posait pas problème. Et vous faites de cette erreur un problème.
Peut-être qu’il integrera votre correction par le rabachage et pour vous faire plaisir (ou en espérant ne plus se faire reprendre). Mais le processus se sera fait sans joie car conscientisé et ne répondant pas à un interet immédiat.

En conclusion: vouloir accélerer le processus par la correction…le ralentit !

L’apprentissage est un processus naturel et non conscient chez l’enfant. Le bébé apprend à s’assoir, à marcher, à parler… Mais les apprentissages spontannées ne s’arrêtent pas à l’entrée à l ‘école ! Les enfants sont et restent en grandissant des petits explorateurs rigoureux en quête (inconsciente) de savoir. Si on respecte les lois naturelles qui régissent les apprentissages, ceux-ci devraient toujours rester une source de plaisir. C’est lorsqu’on intervient qu’on éteint la flamme – et notamment en rendant nos enfants conscients de leurs erreurs. Gardons confiance que la plupart des apprentissages sont auto-correctifs: la boule ne rentre pas dans le carré, pas besoin de le verbaliser, l’enfant s’en rendra compte. Pour le langage, la correction est déjà dans l’environnement, l’enfant saura la trouver quand ce sera le bon moment. Si votre chérubin se lance dans un bricolage, il saura à la fin si sa réalisation est conforme ou non (ah bah, ça tient pas en fait). Et ainsi de suite. Oui ça parait plus rapide d’apporter la correction, mais le résultat ne sera pas ancré parce qu’il ne sera pas le fruit d’un processus. C’est donc un mauvais calcul. Pour nous, parents, éducateurs, accompagnant… cela demande du lacher-prise (comme d’hab en fait). Et d’accepter que les processus naturels prennent du temps.
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